📖 Qu'est-ce qu'un fibrome utérin (myome) ?
Le fibrome utérin, également appelé myome utérin ou léiomyome, est une tumeur bénigne qui se développe dans le muscle de l'utérus (myomètre). C'est la pathologie gynécologique bénigne la plus fréquente : elle touche 20 à 40 % des femmes en âge de procréer, et plus de 50 % des femmes d'origine africaine ou maghrébine. Les fibromes peuvent être uniques ou multiples. Ils régressent spontanément après la ménopause.
Les symptômes des fibromes utérins incluent : saignements abondants pendant et entre les règles (ménorragies, métrorragies) pouvant causer une anémie, douleurs et pesanteur pelviennes, gonflement abdominal, troubles urinaires. Seuls les fibromes symptomatiques nécessitent un traitement.
L'embolisation des artères utérines (EFU) traite simultanément tous les fibromes en une seule procédure, sans chirurgie, en préservant l'utérus, avec une efficacité de 80 à 90 % sur les saignements. Hôpital Cochin AP-HP — un des plus grands centres d'embolisation de fibromes en France.
Quels sont les bénéfices attendus de l'embolisation ?
L'embolisation des artères utérines (EFU) peut être proposée en alternative à un traitement chirurgical pour des fibromes symptomatiques. Cette technique ne retire pas les fibromes mais les prive de leur vascularisation, entraînant une réduction progressive de leur volume, avec les bénéfices attendus suivants :
- Réduction ou disparition des saignements abondants (ménorragies) dans 80 à 90 % des cas
- Conservation de l'utérus — alternative à l'hystérectomie
- Traite simultanément tous les fibromes en une seule séance, quel que soit leur nombre
- Pas d'incision, pas de cicatrice abdominale
- Récupération plus rapide qu'après chirurgie (7 à 10 jours vs 4 à 6 semaines pour une myomectomie)
- Réduction volumique des fibromes de 40 à 60 % à 6 mois
À qui s'adresse cette méthode ?
- Femmes présentant des fibromes symptomatiques (saignements abondants, douleurs, pesanteur)
- Fibromes volumineux ou multiples
- Désir de conservation utérine
- Refus ou contre-indication chirurgicale
Note : Toutes les indications sont discutées avec l'équipe de gynécologie. La faisabilité dépend de la localisation et des caractéristiques des fibromes (IRM indispensable).
Quels fibromes peut-on emboliser ?
Les fibromes se classent selon leur position dans la paroi utérine : sous-muqueux (sous la cavité), intra-muraux (dans l'épaisseur du muscle) et sous-séreux (vers l'extérieur). L'embolisation est efficace sur la grande majorité d'entre eux, quel que soit leur nombre.
- Bonnes indications : fibromes intra-muraux et sous-muqueux symptomatiques, fibromes multiples, utérus polymyomateux, désir de conservation utérine.
- Prudence : fibrome sous-séreux pédiculé (rattaché par un fin pédicule), pour lequel d'autres options peuvent être préférées ; volumineux fibrome unique chez une femme avec désir de grossesse (la myomectomie est alors souvent discutée en premier).
- Contre-indications : grossesse en cours, infection pelvienne active, suspicion de lésion maligne (sarcome). L'IRM aide à écarter ces situations.
Principes et déroulement de la procédure
L'embolisation utilise la voie naturelle des vaisseaux sanguins pour atteindre les fibromes sans ouvrir l'abdomen. Sous guidage radiologique, un cathéter très fin est progressé jusqu'aux artères utérines. De petites particules calibrées (microbilles de la taille d'un grain de sable) sont injectées dans ces artères, bloquant le flux sanguin qui nourrit les fibromes. Privés de leur irrigation, les fibromes se dessèchent et réduisent progressivement de volume sur plusieurs mois, tandis que le tissu utérin sain conserve une vascularisation suffisante. Cette technique est utilisée avec succès par les radiologues interventionnels depuis plus de 25 ans, et elle est efficace quel que soit le nombre de fibromes présents simultanément.
Pour l'embolisation des fibromes, nos radiologues privilégient la voie radiale (poignet) lorsque l'anatomie le permet, avec un repli vers la voie fémorale (aine) si nécessaire. Avantages de la voie radiale : levée immédiate après la procédure, pas de décubitus strict, retour à domicile facilité, moindre risque d'hématome. Le choix définitif est fait par le radiologue le jour de la procédure selon l'anatomie artérielle.
Le jour de la procédure — étape par étape
IRM utérine préalable obligatoire pour cartographier les fibromes et planifier la procédure
Hospitalisation courte (1 nuit) avec prémédication antalgique
Anesthésie locale et sédation : accès artériel par le poignet (voie radiale privilégiée) ou l'aine (voie fémorale)
Cathétérisme sélectif des artères utérines sous guidage radiologique
Injection de microparticules dans les deux artères utérines jusqu'à occlusion complète
Durée totale : 1 à 2 heures. Surveillance post-procédure (syndrome post-embolisation attendu)
Quelles sont les suites ?
Effets attendus et transitoires :
- Syndrome post-embolisation : douleurs pelviennes type règles douloureuses, fièvre légère (< 39°C), nausées et fatigue dans les 24 à 48 premières heures — traité par antalgiques adaptés
- Pertes vaginales légères possibles dans les semaines suivantes
- Reprise progressive des activités en 5 à 10 jours
- Amélioration des saignements dès les premiers cycles suivants
Les complications sont les suivantes :
| Complication | Description | Fréquence |
|---|---|---|
| Syndrome post-embolisation | Douleurs, fièvre modérée, nausées dans les 48h — pris en charge par antalgiques | 30–50 % |
| Expulsion vaginale d'un fragment de fibrome nécrosé | Peut survenir dans les semaines à mois suivants, parfois nécessite une extraction par voie naturelle | 3–5 % |
| Échec technique (impossibilité de cathétériser une ou les deux artères utérines) | Une alternative chirurgicale est alors discutée | 2–3 % |
| Aménorrhée transitoire | Arrêt temporaire des règles, le plus souvent réversible en quelques cycles | 1–3 % |
| Insuffisance ovarienne précoce / ménopause précoce | Rare, principalement chez les patientes de plus de 45 ans | < 2 % |
| Infection pelvienne (endométrite, pyomètre) | Nécessite une antibiothérapie, exceptionnellement une hystérectomie en urgence | < 1 % |
| Hématome au point de ponction | Résorption spontanée en quelques semaines | < 1 % |
⚠️ En cas de fièvre > 38,5°C persistante au-delà de 48h, de douleurs intenses non calmées par les antalgiques prescrits, ou de pertes malodorantes, contactez rapidement le service : 01 58 41 46 12.
Suivi après le traitement
- Suivi IRM à 3 mois (avec injection de Glucagène pour évaluer la vascularisation résiduelle) et à 12 mois — les deux consultations sont incluses dans votre prise en charge
- Une nouvelle embolisation peut être proposée en cas de réduction insuffisante ou de réapparition des symptômes
- La chirurgie reste toujours possible si nécessaire
Efficacité dans le temps
L'embolisation améliore les symptômes (saignements, douleurs, pesanteur) chez environ 85 à 90 % des femmes, avec une réduction du volume des fibromes de 40 à 60 % à 6–12 mois. Le bénéfice est durable et la satisfaction reste élevée à 5 ans. Comme après une myomectomie, de nouveaux fibromes peuvent toutefois se développer : environ 15 à 25 % des patientes peuvent nécessiter un nouveau geste (nouvelle embolisation ou chirurgie) dans les cinq ans. Seule l'hystérectomie est définitive — mais au prix de l'ablation de l'utérus.
Irradiation et ovaires
L'embolisation est guidée par rayons X au niveau du bassin. La dose est maîtrisée (principe ALARA : temps de scopie réduit, matériel moderne). Les ovaires reçoivent une faible dose ; le risque principal documenté est une altération de la réserve ovarienne ou une ménopause plus précoce, qui reste rare et concerne surtout les femmes de plus de 45 ans. Ce point est systématiquement abordé en consultation, en particulier en cas de désir de grossesse.
Fibrome et désir d'enfant. L'embolisation conserve l'utérus et des grossesses sont régulièrement rapportées après le geste, surtout avant 40 ans. Toutefois, lorsque la fertilité est l'objectif principal, la myomectomie est souvent privilégiée (taux de grossesse supérieurs dans plusieurs études). Le choix se décide au cas par cas, en concertation gynécologue–radiologue. En savoir plus sur fertilité et embolisation →
Quelles sont les limites du traitement ?
L'embolisation entraîne une réduction de volume des fibromes existants, mais ne prévient pas l'apparition de nouveaux fibromes dans le futur. Une surveillance reste recommandée :
- Si la réduction des symptômes est insuffisante au bout de quelques mois, une nouvelle embolisation ou une chirurgie peuvent être discutées
- Les très volumineux fibromes (> 10 cm) ou en localisation sous-muqueuse peuvent répondre moins bien
- De nouveaux fibromes peuvent se développer avec le temps, indépendamment de la procédure
Dans tous les cas, il vous sera toujours possible d'opter pour la chirurgie.
Quelles sont les autres techniques et alternatives possibles ?
🏥 Myomectomie
Ablation chirurgicale du ou des fibromes en conservant l'utérus, par hystéroscopie (fibromes intra-cavitaires), laparoscopie ou laparotomie selon la taille et le nombre. Indiquée en priorité en cas de désir de grossesse avec fibrome déformant la cavité utérine. Convalescence de 2 à 6 semaines selon la voie d'abord. Risque de récidive de nouveaux fibromes identique à l'embolisation.
🏥 Hystérectomie
Ablation chirurgicale totale de l'utérus. C'est le seul traitement définitif garantissant l'absence de récidive de fibromes. Réservée aux femmes n'ayant plus de désir de grossesse, en cas d'échec des autres traitements ou de fibromes très volumineux. Anesthésie générale, hospitalisation de quelques jours, convalescence de 4 à 6 semaines.
💊 Traitements médicamenteux
Les analogues de la GnRH réduisent temporairement le volume des fibromes et les saignements, utilisés en préparation à la chirurgie ou en attente de la ménopause — effets secondaires de carence œstrogénique (bouffées de chaleur, perte osseuse) limitant leur usage prolongé. L'acétate d'ulipristal peut être proposé dans certaines situations spécifiques, sous surveillance hépatique stricte.
👁️ Simple surveillance
Un fibrome de petite taille, asymptomatique, découvert fortuitement, ne nécessite aucun traitement mais une simple surveillance échographique ou IRM régulière, notamment si une grossesse est envisagée.
Autres techniques mini-invasives
D'autres techniques de destruction localisée des fibromes existent et peuvent être discutées selon la situation :
- Les ultrasons focalisés de haute intensité (HIFU) sous guidage IRM, qui détruisent le fibrome par la chaleur sans aucune ponction, mais avec des indications plus restreintes (taille, localisation, accessibilité du faisceau)
- La myolyse par radiofréquence par voie laparoscopique, technique moins répandue en France
Selon votre cas, la technique paraissant la plus appropriée vous sera proposée et discutée lors de la consultation.
Que se passe-t-il si je refuse finalement le traitement par embolisation ?
Vous restez entièrement libre de votre décision, y compris le jour de la procédure. Votre médecin discutera avec vous de la prise en charge la plus adaptée parmi les alternatives décrites ci-dessus : myomectomie, hystérectomie, traitement médicamenteux, ou simple surveillance si les symptômes sont supportables.
Symptômes fréquents des fibromes utérins
- Règles abondantes et prolongées (ménorragies), entraînant parfois une anémie ferriprive
- Douleurs et pesanteur pelviennes, crampes abdominales
- Douleurs pendant les rapports sexuels (dyspareunie)
- Envies fréquentes d'uriner ou difficultés à uriner (compression vésicale)
- Troubles du transit intestinal (compression rectale)
- Dans certains cas, gêne à la fertilité
Que préparer avant la consultation ?
- IRM pelvienne récente (obligatoire)
- Courrier gynécologique avec frottis cervico-vaginal récent
- Bilan de coagulation (si antécédents hémorragiques ou traitement anticoagulant — non systématique)
🏠 Retour à domicile facilité — Midiperf Santé
Nous travaillons en partenariat avec Midiperf Santé, prestataire de soins à domicile, pour organiser votre retour chez vous dans les meilleures conditions après une procédure interventionnelle. Un(e) infirmier(ère) coordinateur(trice) vous contacte avant votre sortie, se rend à votre domicile le jour J pour livrer le matériel, et assure le suivi dans les 48h. Astreinte 24h/24, 7j/7 en cas de besoin.
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🌱 Fertility-sparing embolization — Préservation de la fertilité
Pour les patientes souhaitant préserver leur fertilité, nos radiologues pratiquent une technique de fertility-sparing embolization : exploration systématique des connexions artérielles ovarienne-utérines avant l'embolisation, pour éviter tout risque d'insuffisance ovarienne. Cette précaution est systématique à Cochin AP-HP pour toutes les patientes en âge de procréer.
✅ Prise en charge : Acte pris en charge par l'Assurance Maladie. Aucun dépassement d'honoraires.
🔬 Les différents types de fibromes utérins
Il existe trois types de fibromes selon leur localisation dans l'utérus, chacun avec des implications cliniques et thérapeutiques différentes :
Développé dans la cavité utérine. Cause principale des saignements abondants et de l'infertilité. Traitable par embolisation ou résection hystéroscopique.
Forme la plus fréquente, développée dans l'épaisseur du muscle utérin (myomètre). Peut atteindre une taille importante. Très bien traité par embolisation.
Développé à l'extérieur de l'utérus, parfois pédiculé. Provoque plutôt une pesanteur pelvienne et des troubles urinaires. Traitable par embolisation.
🤰 Fibromes, fertilité et grossesse
La question de la fertilité est centrale dans la prise en charge des fibromes. Plusieurs points importants :
Les fibromes sous-muqueux peuvent gêner l'implantation de l'œuf et sont associés à un risque accru de fausse couche et d'accouchement prématuré.
L'embolisation n'augmente pas le risque d'infertilité ni les complications de grossesses futures par rapport à une chirurgie (myomectomie), selon les données de la littérature — notamment l'EMC (Encyclopédie Médico-Chirurgicale, Techniques chirurgicales, Gynécologie), référence française en la matière.
Des grossesses menées à terme ont été rapportées après embolisation de fibromes. L'impact sur la fertilité est discuté individuellement selon la localisation des fibromes et l'anatomie utérine.
Pour les femmes avec un désir de grossesse immédiat, la myomectomie (ablation chirurgicale des fibromes) peut être préférée. Les deux options sont discutées lors de la consultation.
📚 Notre expertise publiée
Le service de Radiologie Interventionnelle de l'hôpital Cochin AP-HP (Pr Dohan, Dr Barat, Dr Dautry) a publié de nombreux travaux sur l'embolisation des fibromes et des pathologies utérines :
⚖️ Embolisation vs chirurgie des fibromes
| Critère | Embolisation (Cochin) | Myomectomie | Hystérectomie |
|---|---|---|---|
| Cicatrice abdominale | ❌ Non | ✅ Oui | ✅ Oui |
| Conservation utérus | ✅ Oui | ✅ Oui | ❌ Non |
| Traite tous les fibromes | ✅ Oui | ⚠️ Ciblés uniquement | ✅ Oui |
| Hospitalisation | 1 nuit | 2–5 nuits | 3–7 nuits |
| Convalescence | 5–7 jours | 3–6 semaines | 4–8 semaines |
| Récidive | <10% | 20–30% | 0% |
❓ Questions fréquentes
🔗 Voir aussi
Syndrome post-embolisation, protocole antalgique Cochin, bloc hypogastrique supérieur, conseils à domicile.
